par Isabelle Thomas, le vendredi 25 novembre 2011

Isabelle Thomas est Vice-présidente de la Région Bretagne (FR) où elle est en charge de la mer et de la protection du littoral.

Membre du Parti Socialiste depuis les années 80 Isabelle Thomas a été en charge du Secrétariat National à la Mer au sein de son parti et elle peut être considérée comme l'un des plus importants élus régionaux avec une forte vocation maritime.

Avec son Président, Jean-Yves Le Drian, elle croit dans la mer comme " condition pour une réussite économique" et elle se bat au niveau régional pour stimuler les professions maritimes qu'elle juge un "vrai réservoir d'emploi pour toute l'Europe."

Elle répond pour le compte de la CRPM aux questions D'Enrico Mayrhofer.


Enrico Mayrhofer :
Madame Thomas, pourquoi pensez-vous que le « Social » doit être un pilier de la Politique Maritime intégrée?

Isabelle Thomas :

Pour tout développement, nous devons raisonner en trois piliers : développement économique, développement écologique mais aussi développement social, donc c'est justement cette dimension sociale qui n'est pas négligeable
dans le concept de "croissance bleue".

Mais il faut comprendre également que la question du "bien-être des gens" est la condition de toutes réussites économiques. Un exemple est l'attractivité des métiers: si les conditions de travail sont mauvaises, la dangerosité en mer trop importante et que les salaires sont bas, les gens n'auront pas envie de faire ces métiers… donc si nous n'avons pas d'"appétit maritime", nous n'aurons pas de réussite économique…

Nous devons stimuler cet "appétit" en améliorant les conditions de travail, en améliorant le niveau de formation, et en améliorant les "passerelles" qui permettent à une personne qui à dix-huit ans commence à travailler dans le domaine de la pêche de se retrouver à trente ans dans un métier portuaire ou naval.

EM : Est-ce qu'il y a des mesures concrètes entreprises par la Région Bretagne pour stimuler cette attractivité des métiers maritimes ?

IT : Oui. D'abord sur la formation. Nous essayons de créer une entité que nous appelons le "métier de la mer" et qui regroupe le métier de la pêche, celui du transport maritime, de la construction navale, etc. et qui se concrétise dans les quatre lycées maritimes que nous avons en Bretagne.

Mais nous avons également lancé un appel à projet vis-à-vis des gens et des enseignants pour essayer de faire voir la mer et ses métiers différemment : non seulement comme tourisme, plaisir, surf et plage qui ont sans doute une image positive parmi les gens, mais qui ne correspondent pas à l'activité économique des métiers de la mer. Cet appel à projet essaie de changer ces visions et lance un travail de communication sur la mer et ses métiers.

De plus, nous ne devons pas oublier l'interaction entre métiers traditionnels et métiers du futur parce que nous pensons que pour faire de l'énergie marine renouvelable ou de la biotechnologie marine demain, il faudra que ce savoir-faire traditionnel passe à travers les métiers traditionnels.

EM : Comment jugez-vous la réforme de la pêche?

IT : Très Mal…. Très mal, parce que justement elle n'intègre pas la dimension sociale.

En plus suite à cette réforme, nous allons avoir une réduction des emplois en mer de 10% à 20%. En considérant que chaque emploi en mer assure quatre emplois à terre, nous aurons une perte d'emploi vraiment très importante.

Ensuite, les conditions de dangerosité de travail ne sont pas vraiment prises en compte dans cette réforme. Par exemple, l'idée du renouvellement de la flotte n'a pas été prise en compte : Le navire n'est pas seulement un outil de travail, mais aussi un lieu de vie et de sécurité et donc il faut que les DG Mare, Emploi et Transport travaillent ensemble pour une approche vraiment intégrée.

EM : Après Bruxelles, Rome, Gdansk, Göteborg, nous allons avoir une journée maritime à Brest ?

IT : Il me "semble" que nous avons posé une candidature… mais ce n'est pas encore officiel... Peut-être on le saura en Suède l'année prochaine ?

: Vous avez déjà penséà une thématique au cas où ?

IT : Si on fait à Brest une journée maritime européenne, j'aimerais bien que la thématique soit la sécurité maritime. A Brest nous avons le rail d'Ouessant avec un trafic maritime Est-Ouest et Nord-Sud et en plus toutes les activités d'énergie renouvelable, de la pêche etc. qui constituent une densité d'activités, avec des risques énormes pour nos territoires.

A cet égard, je pense que la sécurité maritime doit faire partie de la Politique Maritime Intégrée car elle fait partie de l'intégrité physique des hommes, mais aussi de la sécurité écologique et des territoires.

De ce fait, nous organisons avec l'Intergroupe Mers et Zones Côtières du Parlement européen, la Région de Skåne (SW) et la CRPM, une Conférence sur des propositions pour un paquet "rika 4" le 1er décembre à Bruxelles.