par Gianni Pitella, le mercredi 31 août 2011

Vice-Président du Parlement européen et eurodéputé depuis 1999, Gianni Pittella (IT- SD) a vu l'Europe changer au cours de ses trois mandats: de l'élargissement à l'euro, en passant par les réformes institutionnelles. Il est aujourd'hui membre de la commission «Marché intérieur et protection des consommateurs», de la délégation pour les relations avec l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro et le Kosovo et fait partie de la délégation à l'Assemblée Parlementaire de l'Union pour la Méditerranée avec laquelle il se bat pour rapprocher la rive sud et la rive nord de la «Mare Nostrum».

Il s'est confié à Enrico Mayrhofer pour le compte de la CRPM

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Enrico Mayrhofer: Monsieur le Vice-Président Pittella, quelles sont les actions que l'UE, le Parlement pourraient prendre pour favoriser une politique euro-méditerranéenne?

Gianni Pittella: Le Parlement européen est l'une des institutions les plus convaincues de la nécessité de réduire les distances en Méditerranée. Et ce sont justement les évènements de cette année qui nous ont donné raison: je pense à ces mouvements pour la liberté qui ont parfois entraîné des changements de régime encore inimaginables, il y a un an seulement.
Mais au delà du Parlement, je pense que c'est toute l'UE qui devrait jouer un rôle important dans ce processus car l'Europe a toujours eu vocation historiquement, politiquement, économiquement et institutionnellement à la stabilisation et la démocratie.

Nous l'avons vu en 1989, au lendemain de la chute du mur de Berlin: des changements profonds sont intervenus qui ont concerné toutes les anciennes républiques socialistes. Imaginez l'importance qu'a eue alors l'action politique de Bruxelles et que l'on a ensuite appelée «le grand élargissement».

Il est évident que ce schéma ne se répétera pas pour les pays du sud de la Méditerranée, mais la ligne d'action, l'horizon que l'on peut leur offrir, à mon avis, est celui d'une véritable coopération renforcée avec les 27 pays de l'UE, une coopération fondée sur des règles bien arrêtées, sur des échéances précises, sur des programmes et des actions impliquant des engagements contraignants pour les deux parties.

Bien sûr, cela ne sera pas facile car nous sommes confrontés aux inefficacités du processus de Barcelone et à un projet d'Union pour la Méditerranée qui a du mal à décoller.

Nous sommes également confrontés à une politique extérieure de l'UE qui a connu des jours meilleurs, en dépit du fait que le Traité de Lisbonne l'ait doté d'un Haut Représentant. Peut-être incombe-t-il au Parlement européen d'exercer plus de pression politique sur la Commission et le Conseil pour que l'action de l'UE en Méditerranée devienne plus incisive et opportune…

EM: Et quels sont nos devoirs vis-à-vis de la «rive sud»?

GP: L'Europe a l'honneur et le devoir de présenter une proposition de développement et de progrès à ces peuples. Nous devons nous présenter comme partenaire de premier plan qui doit accompagner la Méditerranée vers la prospérité, la modernité, la croissance et la démocratie. Il faut cibler des secteurs modernes à forte valeur ajoutée, comme le haut débit, les infrastructures immatérielles, les connections rapides et les réseaux de deuxième génération. Et ce sera peut-être précisément le retard accumulé qui renversera les conditions compétitives de ces pays en les transformant en une idée économique moderne et innovante qui puisse transformer la rive sud en hub pour tout le bassin méditerranéen.

EM: Vous avez souvent parlé d'une marque Méditerranée, de quoi s'agit-il?

GP: L'idée d'une marque méditerranéenne, en tant que marque commerciale, c'est de jouer sur les émotions et les fortes traditions culturelles de la région afin que cette même marque devienne la clef d'accès à des marchés plus vastes et lointains. En somme, il faut accoler à la classique diplomatie économique une diplomatie culturelle en mesure de raviver une âme qui existe depuis des siècles mais qu'il faut peut-être faire resurgir.

EM: Et quel peut être le rôle des Régions?

GP: La réponse est évidente, leur rôle peut être fondamental. Mais je ne pense pas qu'aux Régions. Il y a aussi les partenariats entre universités, les jumelages entre les villes, les échanges de bonnes pratiques qui deviennent autant de pas importants et nécessaires, tout autant que les accords économiques entre gouvernements qui ont déjà fait leurs preuves.

Pour moi, il s'agit là des seules conditions préalables possibles pour le développement de la paix et de la stabilité dans la région et pour que puisse se construire un cadre démocratique de renouvellement institutionnel qui produise les principes fondateurs de la liberté individuelle et collective.

Il ne faudra certes pas forcer la cadence ou encore les us et coutumes, ne pas vouloir à tout prix la «colonisation politique» comme l'exportation de la démocratie façon Bush… Au contraire, ces processus doivent être accompagnés et recueillir l'adhésion des populations locales dans un cadre d'ententes large et structuré.

Si, grâce aussi au Parlement européen, l'UE sait se doter d'un agenda pour la Méditerranée préparé de vision stratégique et sur des aspects opérationnels concrets, nous aurons fait un grand pas en avant dans nos efforts pour envisager à nouveau une politique de voisinage euro-méditerranéenne qui ne se limite pas à une série de slogans et déclarations de principe. Ceci n'est pas seulement notre vœu, c'est aussi notre engagement quotidien.